Quelle est la foi véritable et comment la préserver ? 2/2
" Commettre un péché ne constitue pas de l’incrédulité
On appelle fard les commandements d’Allah Très-Haut et haram ce qu’Il a interdit. L’ensemble des fard et des harâm s’appelle l’Islam. Faire ce qui ne concorde pas avec l’Islam s’appelle commettre un péché. Commettre un péché n’est pas de l’incrédulité. Mais ne pas accorder d’importance au fait que c’est un péché, c’en est : cela fait perdre la foi. Ne pas croire qu’il est nécessaire d’accomplir les adorations et d’éviter les péchés est de la mécréance et fait perdre la foi.
Pour les paroles dites pour paraître intelligent, cultivé, littéraire, ou pour étonner, faire rire, faire plaisir, ou se moquer des gens, il y a à craindre ce qu’on appelle « kufr hukmî » (mécréance de jugement). Il en va de même des paroles proférées sous l’emprise de la colère, de l’emportement ou de la convoitise.
Pour apprendre correctement l’islam.
Question : Si des musulmans tombent dans le doute au sujet des connaissances de la foi et d’autres questions religieuses, comment doivent-ils agir, et que faire pour éviter de se retrouver dans une telle situation ?
Réponse : Lorsqu’une personne éprouve un doute à propos d’un enseignement de notre religion, elle doit dire : « Je crois tel que Allah Très-Haut et Son Prophète ont voulu nous l’enseigner. » Elle doit aussitôt chercher un savants religieux capable de dissiper son doute : quelqu’un de fiable par sa science et sa piété, intelligent, avisé, évitant les interdits, connaissant les subtilités des sciences religieuses et apte à résoudre les questions difficiles. Une fois qu’elle a obtenu de lui une réponse qui l’apaise, elle croit en conséquence. Chercher un tel savant est une obligation ; il ne faut pas remettre cela au hasard, mais s’y employer immédiatement. Si elle ne trouve personne, ou si le doute persiste malgré la consultation, qu’elle dise : « Je crois comme Allah et Son Envoyé l’ont voulu », et qu’elle implore Allah de dissiper son doute.
C’est pourquoi il est obligatoire à suffisance (fard kifâya) qu’il y ait, dans chaque ville, un savant capable de résoudre les problèmes : quelqu’un qui sache réfuter les calomnies des philosophes au moyen des sciences de la nature et de la philosophie, répondre méthodiquement aux objections de ceux qui se prétendent “hommes de science”, démontrer les erreurs des mécréants et les vices de leurs religions, éteindre les feux de discorde allumés par ceux qui se sont égarés, bien connaître l’histoire du monde, être solide en mathématiques et avoir une compréhension profonde des sciences islamiques. Autrefois, les États musulmans formaient de tels savants. Faute de savants, l’islam devient un jouet entre les mains des ignorants : ils écrivent des livres à leur guise et contribuent à élever une jeunesse sans religion.
Dans un pays, pour que l’islam s’enracine, il faut d’abord former de véritables savants religieux. S’il n’y en a pas, il convient de diffuser les ouvrages des savants ahl as-sunna. À défaut de ces livres, des ignorants, se donnant l’apparence de religieux, écriront des ouvrages, dispenseront des cours et voleront la religion et la foi du peuple.
Le signe qu’une personne a la foi
Question : Par quoi et comment peut-on savoir si une personne a la foi ?
RÉPONSE : Les conditions de la foi sont au nombre de six : ce sont les choses auxquelles il faut croire. Croire aux six articles de l’Amentü, c’est la foi. Mais avant même ces six-là, il y a deux conditions essentielles : croire à l’invisible (al-ghayb) et aimer pour Allah / détester pour Allah (hubb fillâh, bugd fillâh). L’existence de la foi chez un croyant dépend de ces deux conditions :
Premièrement, croire à l’invisible : c’est croire sans voir, sans consulter son propre entendement ou son propre savoir. La foi au ghayb est fondamentale et nécessaire, car tout le bonheur d’ici-bas et de l’au-delà dépend du fait de croire sans voir. Avant que l’âme n’atteigne la gorge (à l’agonie), il faut avoir cru. Quand l’âme arrive à la gorge, tous les états de l’au-delà sont montrés : alors tous les mécréants voudront croire. Or la foi doit être de l’ordre de l’invisible : on doit croire avant de voir. Ce qui est vu n’est plus de la foi. Toutefois, à cet instant, le repentir des croyants est accepté.
Deuxièmement, il y a le hubb fillâh et le bougd fillâh. Si ces deux conditions font défaut, même si quelqu’un croit aux six articles de l’Amentü, il ne peut être croyant. Hubb fillâh : aimer pour Allah ; bugd fillâh : ne pas aimer pour Allah. Le signe de la foi, ce sont justement le hubb fillâh et le bugd fillâh.
Dans un hadith, il est dit :
« Allah Très-Haut a des serviteurs qui ne sont ni prophètes ni martyrs, mais dont les prophètes et les martyrs seront jaloux au Jour de la Résurrection : ce sont des croyants qui s’aiment **pour Allah**, bien qu’ils ne se connaissent pas et vivent en des contrées éloignées. »
L’adoration qu’Allah Très-Haut aime le plus est le hubb fillâh et le bugd fillâh. Il faut aimer ceux qu’Allah aime — c’est un signe de la foi. Ce qu’on a rapporté comme étant la plus noble des adorations, à savoir le hubb fillâh et le bugd fillâh, signifie précisément cela. Notre maître le Messager d’Allah a dit :
« Le fondement de la foi et son signe le plus fort, c’est d’aimer les musulmans et de ne pas aimer ceux qui sont hostiles aux musulmans. »
Allah Très-Haut révéla à un Prophète : “Dis à tel ascète : en pratiquant l’ascèse dans ce monde, tu as mis ton âme à l’aise et tu t’es donné de l’importance. Mais qu’as-tu fait pour Moi ?” L’ascète dit : “Ô Seigneur, que peut-on faire pour Toi ?” Allah Très-Haut répondit : “As-tu pris en inimitié Mon ennemi pour Moi, et as-tu aimé celui que J’aime pour Moi ?”
« Si quelqu’un ne tient pas pour ennemis les ennemis d’Allah, il n’a pas véritablement cru. S’il aime les croyants pour Allah et considère les mécréants comme des ennemis, il obtiendra l’amour d’Allah. »
Question : Pour qu’une personne soit musulmane, suffit-il simplement de croire ?
Réponse: Après avoir correctement appris et rectifié les croyances requises, chaque musulman doit apprendre — dans les livres de fiqh rédigés par les savants d’ahl as-sunna — ce qui lui est nécessaire concernant le licite (halâl), l’illicite (harâm), l’obligatoire (fard), le nécessaire (wâjib), la sunna, le recommandé (mandûb) et le blâmable (makrûh), et s’y conformer.
Les situations qui font perdre la foi
Question : Existe-t-il des paroles et des états qui font perdre la foi ? Si oui, lesquels ?
Réponse : À ce sujet, le livre Miftâh al-Janna dit : "Bien qu’on ait la foi, il y a environ quarante choses qui peuvent conduire plus tard à la perdre :
- Être innovateur en religion, c.-à-d. avoir une croyance corrompue.
- Une foi faible, c’est-à-dire sans œuvres.
- Détourner ses neuf membres du droit chemin.
- Persévérer dans les grands péchés.
- Cesser de remercier pour le bienfait de l’islam.
- Ne pas craindre de mourir sans foi.
- Commettre l’injustice.
- Ne pas écouter l’adhân récité selon la Sunna.
- Être rebelle envers père et mère : rejeter rudement leurs ordres licites conformes à l’islam.
- Multiplier les serments, même s’ils sont vrais.
- Omettre le ta'dîl al-arkân dans la prière (marquer un arrêt immobile au moins du temps de dire « subhânallâh » entre les piliers).
- Tenir la prière pour insignifiante, négliger de l’apprendre et de l’enseigner à sa famille.
- Boire du vin et toute boisson enivrante, même en petite quantité.
- Nuire aux croyants.
- Se prétendre faussement saint (walî) ou savant en religion ; se présenter comme religieux sans avoir appris les enseignements d’ahl as-sunna.
- Oublier ses péchés, les minimiser.
- L’orgueil : se complaire en soi-même.
- La vanité ('ujb) : dire « Ma science et mes œuvres sont grandes. »
- L’hypocrisie, la duplicité.
- La jalousie : ne pas supporter son frère en religion.
- Ne pas obéir, quand ce n’est pas contraire à l’islam, aux paroles de l’autorité (État) et du maître.
- Dire de quelqu’un qu’il est bon sans l’avoir éprouvé.
- Persister dans le mensonge.
- Fuir les savants ; ne pas lire les livres des savants d’ahl as-sunna.
- Laisser pousser la moustache au-delà de la mesure de la Sunna.
- Pour les hommes, porter de la soie.
- Persister dans la médisance (ghîba).
- Nuire à son voisin, même s’il est mécréant.
- Se mettre souvent en grande colère pour les affaires mondaines.
- Prendre et donner de l’intérêt (usure).
- Allonger excessivement les manches ou l’ourlet de son vêtement par ostentation.
- Pratiquer la magie, la sorcellerie.
- Délaisser la visite des proches parents mahram pieux.
- Ne pas aimer ceux qu’Allah aime, et aimer ceux qui s’emploient à corrompre l’islam.
- Garder rancune à son frère croyant plus de trois jours.
- Persévérer dans la fornication.
- Se livrer à la sodomie et ne pas se repentir.
- Ne pas faire l’adhân aux temps indiqués par les livres de fiqh, ni conformément à la Sunna.
- En voyant quelqu’un commettre l’illicite, ne pas l’en empêcher avec douceur alors qu’on en a la capacité.
- Ne pas conseiller ceux à qui l’on a pourtant le droit/devoir d’adresser un conseil."
Les causes de la permanence de la foi
Question : Chez un musulman, y a-t-il des causes et des conditions pour que la foi demeure en permanence ? Si oui, lesquelles ?
Réponse : À ce sujet, le livre Miftâh al-Janna dit : « Les conditions et causes pour que la foi demeure en nous, reste stable et ne s’en aille pas, sont au nombre de six :
- Nous croyons à l’invisible (al-ghayb). Notre foi porte sur l’invisible, non sur l’apparence : nous n’avons pas vu Allah de nos yeux, mais nous croyons en Lui comme si nous L’avions vu, sans l’ombre d’un doute.
- Nul sur la terre ni dans le ciel — ni hommes, ni djinns, ni anges, ni prophètes — ne connaît l’invisible. Seul Allah connaît le ghayb et en informe qui Il veut. Le “ghayb” désigne ce qui ne se saisit ni par les sens, ni par le calcul, ni par l’expérience.
- Tenir pour illicite (harâm) ce qu’Allah a rendu illicite et y croire.
- Tenir pour licite (halâl) ce qu’Allah a rendu licite et y croire.
- Ne pas se croire à l’abri du châtiment d’Allah, mais en avoir constamment crainte.
- Même pécheur, ne jamais désespérer de la miséricorde d’Allah.
Si l’une de ces six choses manque chez une personne — fût-ce qu’elle en possède cinq, ou bien qu’elle n’en ait qu’une et manque des cinq autres — sa foi et son islam ne sont pas valides. »
Question : Que doit-on faire pour préserver la foi, et existe-t-il une invocation à réciter matin et soir à cette fin ?
Réponse : Au dernier souffle, le repentir du musulman est valable, mais la conversion du mécréant à ce moment-là n’est pas valide. Pour préserver sa foi, tout musulman devrait réciter matin et soir la prière de la foi suivante :
Allahümma innî a'ûzü bike min an-üchrike bike chay'an wa ana a'lamu, ve astagfiruke limâ lâ a'lemu, inneke ente 'Allâmü’l-guyûb. (Ô Allah, je me réfugie auprès de Toi contre le fait de T’associer quoi que ce soit en le sachant, et je Te demande pardon pour ce que je ne sais pas. Tu es, certes, le Parfait Connaisseur des réalités cachées.)
La prière du matin peut être commencée à partir de minuit, et la prière du soir à partir du zénith (après midi). Le fait de renier qu’on soit devenu apostat (c’est-à-dire de nier avoir quitté la religion) compte également comme repentir.
Pour ne pas demeurer dans le châtiment éternel
Question : Que doit faire une personne — et comment doit-elle agir — pour ne pas aller en Enfer et ne pas demeurer dans un châtiment éternel ?
Réponse : Le premier devoir de tout musulman est de ne pas suivre son nafs. Le nafs est le plus grand ennemi de l’homme : il veut détruire sa foi et s’en réjouit. Celui qui doute que l’un seulement des ordres et interdits d’Allah Très-Haut et de Son Messager soit vrai et bénéfique perd la foi et devient mécréant. Le mécréant brûlera éternellement en Enfer et subira le châtiment. Si l’homme réfléchissait à ce que signifie brûler et être châtié sans fin, la peur l’empêcherait de dormir, il perdrait goût à manger et à boire, aucun plaisir d’ici-bas ne lui semblerait valable.
Aussi lourde et terrible que soit la peine de l’incroyance, se sauver de la mécréance et des péchés est très facile. L’unique remède est de renouveler sa foi. Le moyen le plus simple : chaque soir avant de dormir, réciter trois fois « Astagfiroullah al-'azim » (c.-à-d. en méditant son sens : « Ô Seigneur, pardonne-moi »).
Allah Très-Haut a promis d’accepter les repentirs. Mais, pour qu’ils soient acceptés, il ne faut pas avoir de dettes de prière ni de droits d’autrui à acquitter. Celui qui a une prière à rattraper n’a pas son repentir accepté tant qu’il ne l’a pas compensée (qadâ’). Pour être sauvé du Feu de l’Enfer et du châtiment, il faut avant la mort s’acquitter de ses dettes de prière et des droits d’autrui. Aucune bonne œuvre ne sauvera l’homme de ces châtiments. Il ne faut pas croire — et se laisser tromper — par ceux, comme Ibn Taymiyya et d’autres, qui affirment le contraire.
Question : Un musulman doit-il, en priorité, rectifier correctement sa foi ?
Réponse : Après avoir rectifié l’‘aqîda — c’est-à-dire les croyances à adopter — il faut apprendre, dans les livres de fiqh rédigés par les savants d’ahl as-sunna, ce qui est licite (halâl), illicite (harâm), obligatoire (fard), nécessaire (wajib), sunna, recommandé (mandûb) et blâmable (makrûh), et s’y conformer. Il ne faut pas lire les ouvrages dévoyés produits par des ignorants qui n’ont pas saisi l’éminence de ces savants. — Qu’Allah nous protège ! Les musulmans dont les croyances ne suivent pas l’école d’ahl as-sunna en matière d’articles de foi ne pourront pas échapper à l’Enfer dans l’au-delà. Celui dont la foi est droite mais qui se relâche dans ses adorations peut être pardonné même sans repentir ; et s’il ne l’est pas, il sera délivré de l’Enfer après avoir subi un châtiment. Le point de départ, c’est de corriger la croyance.
Notre maître Khâja ‘Ubaydullâh al-Ahrâr a dit : « Si l’on me donnait toutes les inspirations dévoilées (kashf) et toutes les karâmât, mais qu’on ne me donnait pas la croyance d’ahl as-sunna wa-l-jamâ‘a, je me tiendrais pour perdu. Et si je n’avais ni kashf ni karâma et que j’eusse bien des manquements, mais qu’Allah m’accordât la croyance d’ahl as-sunna wa-l-jamâ‘a, je n’en serais nullement attristé. »
Question : Les actes d’adoration sont-ils acceptés lorsqu’on a une forte présomption (zann) de les avoir bien accomplis ? Et les connaissances de la foi sont-elles, elles aussi, validées par une forte présomption ?
Réponse : Les actes d’adoration peuvent être considérés corrects par une forte présomption. Mais la foi et la croyance (‘aqîda) ne deviennent pas correctes par le simple “zann” : elles ne sont correctes que par une connaissance sûre et bien établie.