L’âme d’une personne décédée peut-elle établir un lien avec le monde d’ici-bas ?

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26 nov. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer

Cher frère,

Comme les corps se décomposent généralement et deviennent poussière tandis que les âmes demeurent, la vie après la mort – aussi appelée “monde des âmes” – fait partie des réalités invisibles (ghayb). La personne encore en vie et celle qui a émigré vers le monde du barzakh appartiennent à deux mondes différents.

Ceux qui sont dans le monde du barzakh ont eux aussi une vie qui leur est propre : ils ressentent des plaisirs, des douleurs, de la joie et de la tristesse. Mais ceux qui se trouvent encore dans le monde matériel ne peuvent ni percevoir ni connaître, avec leurs sens ordinaires, la vie de l’âme après la séparation d’avec le corps, ni ce qu’elle éprouve et rencontre là-bas. Nous n’apprenons ces réalités que de notre Prophète, qui a été informé des vérités divines.

D’après les hadiths du Prophète, nous comprenons que les âmes des croyants se rencontrent entre elles dans le monde du barzakh. Il existe également des récits qui indiquent que les morts sont informés de ce qui se passe parmi les vivants, et qu’ils voient ceux qui se rendent sur leurs tombes. Ils peuvent savoir de qui viennent les invocations (du‘â) faites pour eux et les dons spirituels qui leur sont offerts.

Les âmes des croyants, étant dans les bienfaits et n’étant plus enfermées dans le corps, peuvent se déplacer librement. En revanche, les âmes des mécréants et celles des croyants très chargés de péchés sont occupées par le châtiment.

Lorsque l’on récite le Coran pour les morts, il est possible qu’ils viennent (chez eux, auprès de ceux qui récitent). Mais il est difficile d’affirmer cela pour tous les morts sans exception.

Le fait que les morts se rencontrent entre eux dans le monde du barzakh

Les âmes dans le monde du barzakh se divisent en deux catégories : celles qui sont dans les bienfaits et celles qui sont dans le châtiment.

Selon l’explication d’Ibn al-Qayyim, les âmes qui sont dans le châtiment n’ont pas l’occasion de se rencontrer entre elles : elles sont comme des prisonniers. En revanche, celles qui ne sont pas emprisonnées mais libres, c’est-à-dire les âmes qui sont dans les bienfaits, se rencontrent, se retrouvent, se visitent mutuellement. Elles évoquent entre elles les choses qui se sont passées et qui se passeront dans le monde d’ici-bas.

Chaque âme se trouve avec ses semblables : celles qui lui sont égales dans les œuvres et dans le degré. Quant à l’âme du Prophète (que la paix et la bénédiction soient sur lui), elle se trouve dans “al-Rafîq al-A‘lâ” (le Plus Haut Compagnon, le degré le plus élevé).

Dans la sourate an-Nisâ, il est dit :

 « Quiconque obéit à Allah et au Messager, ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de bienfaits : les prophètes, les véridiques (siddîqîn), les martyrs (shuhadâ’) et les vertueux (salihîn). Et quelle excellente compagnie que la leur ! » (1)

Ce verset montre que cette compagnie se manifeste en trois lieux :

  • dans ce monde,
  • dans le barzakh,
  • et dans l’au-delà.

Dans ces trois mondes, la personne est avec celui qu’elle aime. (2)

Ce verset indique ainsi que les âmes se retrouveront les unes les autres dans le monde du barzakh. En effet, à propos de la cause de révélation de ce verset, on rapporte l’événement suivant :

L’un des Compagnons était très attristé et pleurait en pensant qu’après sa mort, le rang du Prophète (que la paix soit sur lui) serait très élevé et qu’il serait séparé de lui. Quand le Prophète (asm) lui demanda la raison de sa tristesse, il lui confia :

« Ô Messager d’Allah, déjà ici-bas nous ne supportons pas d’être séparés de toi. Après la mort, ton degré sera bien plus élevé que le nôtre et nous ne pourrons pas te voir. Comment pourrai-je supporter ta séparation ? »

C’est alors que le verset mentionné ci-dessus fut révélé (3), annonçant que ceux qui aiment Allah et Son Messager seront avec le Messager d’Allah dans le monde du barzakh et dans l’au-delà, comme ils l’étaient dans ce bas-monde.

Allah Très-Haut nous informe dans la sourate Âl ‘Imrân que les martyrs sont vivants et qu’ils reçoivent leur subsistance auprès de leur Seigneur ; qu’ils souhaitent que soit annoncée la bonne nouvelle à ceux qui sont restés derrière eux qu’ils n’auront ni crainte ni tristesse, et qu’ils se réjouissent de la grâce et de la faveur d’Allah. (4)

Ce verset indique également que les âmes dans le barzakh se rencontrent et parlent entre elles. En effet, le terme « yastabshirûn » qui figure dans le verset signifie non seulement :

« ils souhaitent qu’on leur annonce la bonne nouvelle »,

mais aussi :

« ils se réjouissent et se donnent mutuellement la bonne nouvelle ». (5)

S’ils se font mutuellement des annonces, c’est donc qu’ils se voient et échangent entre eux.

Abû Hurayra rapporte que le Messager d’Allah (asm) a dit :

« Les gens du Paradis se rendront visite les uns aux autres au Paradis. » (6)

Il a été indiqué que les âmes des croyants, dans le monde du barzakh, seront au Paradis. Dès lors, il est possible que, dans ce hadith, l’expression « gens du Paradis » désigne ceux qui, dans le barzakh, sont au Paradis.

Cette compréhension est confirmée par le hadith suivant rapporté d’Umm Hânî, fille d’Abû Tâlib (m. 40/660) :

Un jour, Umm Hânî demande au Prophète (asm) :

« Après notre mort, nous verrons-nous encore et nous rendrons-nous visite ? »

Le Messager d’Allah (asm) lui répondit :

« L’âme devient un oiseau qui se nourrit des fruits du Paradis. Puis, lorsque viendra le Jour de la Résurrection, chaque âme retournera dans son corps. » (7)

De cette réponse, on comprend que les âmes des croyants se retrouvent et se rencontrent ensemble au Paradis.

Dans un récit rapporté par Ibn Abî’d-Dunyâ, on demanda au Messager d’Allah (asm) :

« Les morts se connaissent-ils entre eux ? »

Le Messager d’Allah (asm) répondit :

« Oui, par Celui qui tient mon âme en Sa main, ils se connaissent les uns les autres comme les oiseaux se reconnaissent sur la cime des arbres. » (8)

C’est la mère de Bishr ibn Barâ’ ibn Ma‘rûr, l’un des Compagnons, qui posa cette question. Lorsqu’elle apprit que les morts se connaissent et se reconnaissent entre eux, elle se rendit aussitôt auprès d’un mourant de la tribu de Banû Salama et lui transmit ses salutations pour son fils Bishr. (9)

Dans une autre version de ce hadith, il est précisé que les âmes qui, au Paradis, se rencontrent et se reconnaissent comme des oiseaux sont les « bonnes âmes ».

Lorsque le Compagnon Bilâl ibn Rabâh (m. 20/641) était sur le point de mourir, son épouse se mit à se lamenter, à dire « hélas, hélas ». Mais Bilâl disait au contraire :

« Quelle grande joie, quel immense bonheur ! Je vais retrouver les Bien-Aimés : Muhammad et son groupe. » (10)

Par ces paroles, Bilâl annonçait qu’il allait rejoindre, dans le barzakh, le Messager d’Allah (asm) et ses Compagnons, et qu’il serait avec lui là-bas comme il l’était en ce monde. (11) Il rappelait ainsi à son épouse qu’elle ne devait pas se lamenter et s’attrister, mais se réjouir.

Dans un hadith concernant l’interrogatoire dans la tombe, que al-Bayhaqî rapporte d’Ibn ‘Abbâs avec une chaîne jugée bonne (hasan), il est mentionné que l’âme du croyant qui répond correctement aux questions de la tombe sera ensuite avec les autres croyants. (12)

Toujours dans Shu‘ab al-Îmân de al-Bayhaqî, dans un récit rapporté d’‘Alî ibn Abî Tâlib, on lit qu’‘Alî a dit :

« Il y avait deux amis croyants et deux amis mécréants. Parmi les croyants, l’un mourut. Lorsqu’il fut informé de la bonne nouvelle du Paradis, il se souvint de son ami et dit :

“Ô Allah ! Mon tel ami me recommandait sans cesse l’obéissance envers Toi et envers Ton Messager, il me conseillait le bien et m’interdisait le mal…”

Puis il invoque pour que son ami ne s’égare pas après lui et pour que les bienfaits qui lui ont été donnés soient accordés aussi à son ami. Ensuite, lorsque son autre ami meurt à son tour, leurs âmes se réunissent et ils se disent l’un à l’autre :

“Quel excellent frère, quel excellent compagnon, quel excellent ami !”

Parmi les deux amis mécréants, lorsque l’un meurt et reçoit la nouvelle du châtiment, il se souvient de son compagnon et dit :

“Ô Allah ! Mon ami me commandait toujours de Te désobéir, Toi et Ton Messager ; il m’ordonnait le mal et m’empêchait de faire le bien. Ô Allah ! Ne le guide pas après moi, afin qu’il voie le même châtiment que moi et que Tu sois en colère contre lui comme Tu l’es contre moi.”

Puis, lorsque l’autre meurt à son tour et que leurs âmes se réunissent, ils se disent l’un à l’autre :

“Quel mauvais frère, quel mauvais compagnon et quel mauvais ami !” » (13)

De là, on comprend que les âmes des bons comme des mauvais se rencontrent entre elles dans le barzakh.

Dans la version du hadith rapportée par as-Suyûtî et al-Bayhaqî, concernant le fait de bien préparer le linceul des morts, transmis par Abû Qatâda et Jâbir, on trouve aussi cette phrase :

« En vérité, ils se rendent visite mutuellement dans leurs tombes. » (14)

Après avoir rapporté ce hadith d’Abû Qatâda (m. 54/673) dans Shu‘ab al-Imân, al-Bayhaqî précise que ce hadith est en accord avec le verset concernant les martyrs dans la sourate Âl ‘Imrân (3/169-170), qui informe qu’ils sont pourvus de subsistance. (15)

Le fait que, lors de la nuit du Mi‘râj, lorsque le Messager d’Allah (asm) rencontra notre maître Adam (as) au ciel, il vit à sa droite et à sa gauche des silhouettes, et que, lorsqu’il demanda qui ils étaient, il lui fut répondu qu’il s’agissait des âmes des gens promis au Paradis et de celles promises à l’Enfer, constitue également une preuve que, dans le barzakh, les bons et les mauvais – comme l’a dit ‘Alî – se trouvent ensemble dans un même cadre. (16)

Une autre preuve que les âmes se rencontrent et conversent entre elles dans le monde du barzakh est le hadith qui nous informe que, juste après la mort, lorsque l’âme du croyant est élevée au ciel, elle est accueillie par les gens de la miséricorde, qui l’interrogent au sujet du monde d’ici-bas et de ceux qui y sont restés. Dans un hadith rapporté par Abû Ayyûb al-Ansârî, notre Prophète (asm) dit :

« Lorsque l’âme du croyant est saisie, les gens de la miséricorde auprès d’Allah l’accueillent. » (17)

Les âmes des croyants se réjouissent de la venue de cette nouvelle âme encore plus que l’un d’entre vous ne se réjouit à la rencontre d’un proche aimé de retour d’un long voyage, et ils l’accueillent ainsi en lui demandant :

« Et untel ? Et untel ? Comment va-t-il ? »

À ce moment, les anges qui ont apporté l’âme du défunt disent :

« Laissez-le, donnez-lui un peu de répit, qu’il se repose, car il sort d’une grande épreuve (un grand tourment). »

Si le nouveau venu répond :

« Untel est mort avant moi »,

ils disent alors :

« Inna lillâhi wa inna ilayhi râji‘ûn (Nous appartenons à Allah et c’est à Lui que nous retournons). Il (cet homme) est allé à al-Hâwiya, lieu de séjour éternel (un des noms de l’Enfer au feu ardent). Quel mauvais endroit et quel mauvais éducateur (formateur) que voilà ! » (18)

On rapporte à ce sujet que ‘Abdullah b. al-Mubârak a dit :

« Les gens des tombes attendent des nouvelles. Lorsqu’un mort arrive chez eux, ils lui demandent : “Qu’a fait untel ? Et untel ?” Si, à propos de l’un d’eux, il répond : “Il est mort, n’est-il pas venu vers vous ?”, alors ils disent : “Inna lillâhi wa inna ilayhi râji‘ûn (Nous appartenons à Allah et c’est à Lui que nous retournons). Il a pris un autre chemin que le nôtre.” » (19)

Parmi les Tâbi‘în, Sa‘îd b. al-Musayyib (m. 94/712) a dit :

« Lorsqu’une personne meurt, son enfant (qui est mort avant lui) l’accueille comme on accueille un absent qui revient d’un voyage. » (20)

Les hadiths et récits qui indiquent que les morts, dans le barzakh, se rencontrent entre eux et obtiennent des nouvelles de ceux qui viennent de mourir et les rejoignent, sont également corroborés par d’autres textes qui rapportent que les actes des enfants, petits-enfants et proches parents sont présentés aux défunts dans leur tombe. Ces derniers se réjouissent des bonnes actions de leurs proches dont les œuvres leur sont ainsi présentées, et s’attristent de leurs mauvaises actions.

Les gens de la tombe sont informés des actes commis par les parents et amis qu’ils ont laissés derrière eux : ils se réjouissent de leurs bonnes actions et s’attristent de leurs mauvaises. (21)

Mujâhid a tenu à ce sujet ces propos, rapportés par une chaîne authentique :

« Dans sa tombe, la personne reçoit la bonne nouvelle de la droiture (salah) de son enfant après lui. » (22)

On rapporte également de Sa‘îd b. Jubayr (m. 95/714) qu’il a dit :

« Il est certain que des nouvelles des vivants parviennent aux morts. Il n’est aucune personne qui ait perdu un proche avant elle sans que des nouvelles de ses proches restés derrière ne lui parviennent. Si la nouvelle est bonne, il s’en réjouit et se réjouit intérieurement ; si elle est mauvaise, alors il s’attriste. » (23)

Parmi les Compagnons, Abû d-Dardâ (m. 32/652) faisait cette invocation :

« Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le fait d’accomplir un acte qui couvrirait mes morts de honte. » (24)

‘Abdullah b. al-Mubârak rapporte aussi, d’après le Compagnon Abû Ayyûb al-Ansârî, qu’il a dit :

« Les actes des vivants sont présentés aux morts. S’ils y voient un bien, ils s’en réjouissent et se donnent mutuellement la bonne nouvelle ; s’ils y voient un mal, ils disent : “Ô Allah, détourne cela de lui.” » (25)

Comme on le comprend déjà du fait qu’ils demandent des nouvelles au nouveau mort qui arrive parmi eux, on ne peut pas dire que les morts soient directement informés de tout ce que font les vivants – sauf dans la mesure où Allah le veut. C’est pourquoi nous comprenons leur information ainsi : ils apprennent les nouvelles par ceux qui viennent de mourir et les rejoignent. Le fait qu’ils reçoivent des nouvelles de ceux qui arrivent montre une fois de plus que les âmes, dans le barzakh, se rencontrent et parlent entre elles.


Question :

  • Les âmes de ceux qui sont morts se rencontrent et conversent entre elles dans le monde du barzakh. Mais est-il possible que ceux qui ne sont pas encore morts, qui vivent encore dans ce monde, rencontrent et parlent avec ceux qui sont dans le barzakh ?
  • Et existe-t-il certaines relations entre les morts et les vivants ?

Les vivants qui rencontrent ceux du barzakh

Les rencontres des vivants avec ceux qui sont dans le barzakh se produisent de deux manières :

  • à l’état d’éveil,
  • et à l’état de sommeil.

Le plus grand exemple – et la preuve la plus claire – de la possibilité d’une rencontre à l’état d’éveil est le fait que le Messager d’Allah (asm), lors du Mi‘râj, ait rencontré les âmes de certains prophètes, comme nous l’enseignent les hadiths, ainsi que les hadiths qui nous apprennent la visite des tombes.

Dans le Noble Coran, Allah Très-Haut s’adresse à notre maître Muhammad (asm) en ces termes :

 « Interroge donc ceux de Nos messagers que Nous avons envoyés avant toi : avons-Nous institué, en dehors du Tout-Miséricordieux, des divinités à adorer ? » (26)

Parmi les exégètes, certains ont expliqué que l’ordre « interroge » (fas’al) dans ce verset ne concerne que la nuit de l’Isrâ et du Mi‘râj. (27) D’autres, en revanche, ont compris que, chaque fois qu’il le voulait, Allah Très-Haut donnait au Messager d’Allah (asm) la possibilité de parler avec les prophètes précédents. Selon ceux qui défendent ce second avis, limiter le sens général de l’expression à la seule nuit de l’Isrâ et du Mi‘râj est une interprétation fautive ; il est plus juste de comprendre le verset tel qu’il est, à savoir que cette possibilité pouvait lui être donnée à tout moment, s’Il le voulait. (28)

Le fait que le Prophète (asm) ait rencontré, de son vivant même, les prophètes qui l’ont précédé, fait partie des choses parfaitement possibles. Et, du point de vue de la puissance d’Allah, il n’y a là aucune difficulté. Lorsque Allah Très-Haut a voulu qu’une telle rencontre ait lieu, elle s’est réalisée : c’est ainsi que le Prophète (asm), la nuit du Mi‘râj, alors qu’il était éveillé, s’est réuni avec les âmes des autres prophètes dans Bayt al-Maqdis (la mosquée al-Aqsâ, à Jérusalem).

Ensuite, des récits authentiques indiquent qu’il a également rencontré certains d’entre eux et parlé avec eux dans le monde des cieux (as-samawât). (29)

Dans un hadith rapporté également d’après ‘Umar (ra), le Messager d’Allah (asm) informe que Moussa (as) a invoqué Allah Très-Haut pour rencontrer Adam (as), et qu’Allah, exauçant son invocation, lui a montré Adam (as) alors qu’il était encore en vie et à l’état d’éveil, et qu’ils ont parlé l’un avec l’autre. (30)

En dehors des prophètes, le fait que des personnes, de leur vivant et à l’état d’éveil, rencontrent ceux qui sont dans le barzakh, n’est arrivé qu’à des serviteurs particulièrement comblés par Allah. Dans ce domaine, on rapporte beaucoup d’événements où certains amis intimes d’Allah (awliyâ’) auraient rencontré le Prophète (asm) ou certains grands personnages de la sainteté. (31)

Dans la visite des tombes, celui qui rend visite est appelé zâ’ir, et celui qui est visité mazûr. Cela indique que le « visité » perçoit la visite de celui qui vient à lui. Car si celui qui est visité ne connaissait pas la venue du visiteur, on ne pourrait pas vraiment parler de « mazûr » (celui qui reçoit la visite). D’autant plus que, lorsque le Prophète (asm) a enseigné l’étiquette de la visite des tombes, il a appris aux musulmans à saluer les morts en arrivant au cimetière ; cela aussi fait partie des relations entre les vivants et ceux du barzakh. (32)

Quant aux rencontres des vivants avec ceux du barzakh en rêve, Ibn al-Qayyim précise qu’il s’agit de rêves véridiques, qui font partie de la prophétie (nubuwwa) et qui apportent une véritable connaissance. (33) Erzurumlu Ibrâhim Hakki dit également :

« Voir les morts en rêve, dans le bien ou dans le mal, c’est connaître exactement leur état. Cela sert soit à informer de l’état du mort, soit à éveiller (moralement) celui qui voit ce rêve… » (34)

Il indique ainsi que voir les morts en rêve fait partie des rêves véridiques (sâdiqa).

Ces rencontres et visions, que ce soit par rêve ou par karâma (faveur exceptionnelle accordée par Allah) – lorsqu’elles ne concernent pas les prophètes – ne constituent, selon les savants du kalâm, une preuve que pour celui qui les vit lui-même, et non une preuve générale applicable à tout le monde.

Si nous en parlons ici, c’est uniquement pour montrer que ce genre de choses est possible, et non pour en faire une base de doctrine universelle.

Les rencontres en rêve entre ceux qui sont encore en vie et ceux qui sont dans le barzakh ont lieu comme une grâce d’Allah Très-Haut, lorsque l’un des deux (le vivant ou le défunt) désire cette rencontre et la demande à Allah pour certaines raisons ou certains objectifs.

Pour illustrer le désir des vivants de voir quelqu’un du barzakh, on peut citer notre plus grand souhait à tous : voir le Prophète (asm) en rêve, ou encore le désir de nombreux croyants de voir, ne serait-ce qu’en rêve, leurs proches bien-aimés qui sont partis dans l’au-delà.

Ibn al-Qayyim dit :

« Le fait de rencontrer les morts en rêve et d’échanger avec eux certaines informations – du type : “Il y a un trésor à tel endroit”, “Il y a telle chose à tel autre endroit”, “Tel événement va se produire de telle manière”, “À tel moment, tu nous rejoindras”… et que ces informations se réalisent exactement comme cela a été annoncé, cela montre la réalité de cette rencontre. » (35)

Selon le récit rapporté, deux Compagnons, Sa‘b b. Jassâma et ‘Awf b. Mâlik (m. 73/692), avaient noué un pacte de fraternité et s’étaient promis de se donner des nouvelles après leur mort.

Au bout d’un certain temps, Sa‘b meurt. Une nuit, ‘Awf voit en rêve que Sa‘b vient à lui, comme s’il était encore vivant. ‘Awf lui demande alors comment s’est déroulé pour lui l’interrogatoire et le jugement (compte, questions de la tombe, etc.). Sa‘b lui répond que, pour l’instant, tout va bien pour lui et loue Allah.

‘Awf remarque alors une tache noire sur la poitrine de Sa‘b et lui en demande la raison. Sa‘b explique qu’il a emprunté dix dirhams à un juif, et il lui indique l’endroit précis où se trouve l’argent accroché, en demandant que cette somme soit rendue au juif.

Il lui annonce également que sa chatte (leur animal) est morte à la maison, et que sa fille mourra bientôt. Et tous ces événements se produisent exactement comme Sa‘b les avait annoncés.

Le matin venu, ‘Awf se rend chez la famille de son ami et découvre l’argent exactement à l’endroit indiqué dans le rêve. Il le prend et va voir le juif. Il lui demande si son ami, aujourd’hui décédé, lui avait emprunté de l’argent, et, si oui, combien. Le juif confirme qu’il lui a prêté de l’argent et en précise le montant.

Comprenant alors que ce qu’il a vu en rêve est authentique, ‘Awf remet l’argent au juif, conformément au testament transmis par son ami dans ce rêve. (36)

Notes :

  1. Nisa, 4/69.

  2. Ibn al-Qayyim, ar-Ruh, p. 17 ; Suyuti, Bushra'l-Kaib, fol. 147b ; Hasan al-'Idwi, Mashariq al-Anwar, p. 74 ; Rodosizade, Ahval-i alem-i Berzah, manuscrit, Ist. Suleymaniye Kut., fol. 19a.

  3. Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 17 ; Ibn Kathir, Tafsir, t. I, p. 522 ; Rodosizade, op. cit., fol. 19b.

  4. Voir Al 'Imran, 3/169-170.

  5. Mu'jamu'l-Wasit, t. I, p. 57 ; Atay Kardesler, Arapca Turkce Buyuk Lugat, t. I, p. 128 ; Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 18.

  6. Ahmad b. Hanbal, Musnad, t. II, p. 335.

  7. Ahmad b. Hanbal, Musnad, t. VI, p. 425 ; 'Abdallah Siracuddin, al-Iman bi 'Awalim al-Akhira, p. 106-107.

  8. Suyuti, Bushra'l-Kaib, fol. 144b.

  9. 'Abdallah Siracuddin, op. cit., p. 107 ; Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 19.

  10. Suyuti, Bushra'l-Kaib, fol. 148b.

  11. 'Abdallah Siracuddin, op. cit., p. 107.

  12. Voir Suyuti, Sharh as-Sudur, fol. 53a.

  13. Suyuti, Sharh as-Sudur, fol. 38b ; fol. 173b.

  14. Suyuti, Bushra'l-Kaib, fol. 147b ; Suyuti, Sharh Sunan an-Nasai, t. IV, p. 34 ; Hasan al-'Idwi, op. cit., p. 73.

  15. Suyuti, Sharh Sunan an-Nasai, t. IV, p. 34 ; Hasan al-'Idwi, op. cit., p. 73.

  16. Pour le hadith du Mi'raj, voir : al-Bukhari, Sahih, Salat 1, t. I, p. 91-92 ; Muslim, Sahih, Iman 74, t. I, p. 148 ; Ahmad b. Hanbal, Musnad, t. V, p. 143 ; Ibn Kathir, al-Bidaya wa'n-Nihaya, t. I, p. 97, Beyrouth, 1977.

  17. Dans la version du hadith rapportée par Ibn Hibban dans son Sahih, d’après Abu Hurayra, il est dit : « Il (le défunt) est amené auprès des âmes des croyants, et ils se réjouissent de sa venue comme on se réjouit du retour d’un absent. » Voir : ‘Abdallah Siracuddin, op. cit., p. 106.

  18. Voir : an-Nasai, Sunan, Janaiz 9, t. IV, p. 8-9 ; as-Suyuti, Sharh as-Sudur, fol. 37a ; Bushra’l-Kaib, fol. 144b ; Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 20 ; Rodosizade, op. cit., fol. 26a ; ‘Abdallah Siracuddin, op. cit., p. 106.

  19. Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 19 ; Birgivi, Risala fi Ahwal atfal al-Muslimin, p. 85. Après avoir traité ce sujet, Birgivi ajoute que ceux qui meurent sans avoir laissé de testament ne pourront pas parler dans le barzakh ni répondre aux questions des habitants du barzakh (voir op. cit., p. 85).

  20. Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 19 ; Rodosizade, op. cit., fol. 25a.

  21. Rodosizade, op. cit., fol. 7b.

  22. Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 12.

  23. Hasan al-Idwi, op. cit., p. 16, Misr (Egypte), 1316 H.

  24. Même ouvrage, même passage (ibid.).

  25. Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 7 ; Rodosizade, op. cit., fol. 8b.

  26. Zuhruf, 43/45.

  27. Voir : Ibn Kathir, Tafsir, t. IV, p. 129.

  28. Voir : ‘Abdallah Siracuddin, op. cit., p. 109-110.

  29. Pour les hadiths sur ce sujet, voir : al-Bukhari, Sahih, Salat 1, t. I, p. 91-92 ; Anbiya 5, t. IV, p. 106-107 ; Muslim, Sahih, Iman 74, t. I, p. 148 ; Fada’il 42, t. IV, p. 1845 ; an-Nasai, Sunan, Qiyam al-Layl 15.

  30. Abu Dawud, Sunan, Sunna 17.

  31. Voir : ‘Abdallah Siracuddin, op. cit., p. 110-113.

  32. Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 8 ; Rodosizade, op. cit., fol. 8b ; Vucudi, Muhammad b. Abdulaziz, Ahval-i alem-i Berzah, fol. 9a, manuscrit, Istanbul, Suleymaniye Kut., Halef Ef. nr. 237.

  33. Ibn al-Qayyim, op. cit., p. 29 ; Rodosizade, op. cit., fol. 39b.

  34. Erzurumlu Ibrahim Hakki, Marifetname, t. I, p. 60.

  35. Rodosizade, op. cit.

  36. Rodosizade, op. cit.

(Voir: Prof. Dr. Suleyman Toprak, Kabir Hayati, p. 247-258)

Avec salutations et prières…

L'Oasis

26 nov. 2025
Mouaz Ibn Jebel
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